mardi 31 janvier 2017

Lakmé, Delibes, opéra de Tours Jodie Devos

Coproduction Staatstheater de Bonn & Opéra-Théâtre de Metz-Métropole
Direction musicale : Benjamin Pionnier
Mise en scène : Paul-Emile Fourny
Décors : Benoit Dugardyn
Costumes : Giovanna Fiorentini
Chorégraphie : Elodie Vella
Lumières : Patrice Willaume

Lakmé : Jodie Devos
Gérald : Julien Dran
Nilakantha : Vincent Le Texier
Mallika : Madjouline Zerari
Frédéric : Guillaume Andrieux
Mistress Benson : Anna Destraël
Hadji : Carl Ghazarossian

Choeurs de l'Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours


Lakmé est un opéra en trois actes de Léo Delibes sur un livret d'Edmond Gondinet et Philippe Gille d'après le roman de Pierre Loti, Rarahu ou le Mariage de Loti.
D’abord rêverie orientaliste à la musique d’une rare sensualité, la rencontre entre la fille du brahmane et l’officier anglais attise les tensions communautaires et le fanatisme religieux dans l’Inde coloniale du XIXe siècle.
“ Tu m’as donné le plus doux rêve qu’on puisse avoir sous notre ciel,
Reste encore pour qu’il s’achève, ici, loin du monde réel.”

photo

Mon petit mot

Un  orient stylisé, au décor de moucharabiehs qui s'animent au fil des jeux de lumière et de ses rotations pour mieux emprisonner ou marquer la rencontre impossible entre deux mondes qui se côtoient sans se comprendre, des costumes chatoyants... un air d'ailleurs flotte sur le plateau du grand théâtre de Tours.
Une mise en scène très sobre, la musique reste au premier plan. 

Jodie Devos  qui y faisait ces débuts est remarquable!
Elle a la silhouette et la jeunesse de Lakmé, et sa présence vaut à elle seule le déplacement!

Étant située à une place d'où je ne voyais pas le sur-titrage, j'ai pu constater des différences nettes de diction entre les chanteurs, certains parfaitement compréhensibles, d'autres moins...
Julien Dran était annoncé souffrant ce dimanche, mais n'en reste pas moins prometteur.

La conclusion reviendra à une amie qui m'accompagnait pour la première fois à l'opéra : elle reviendra, pari gagné!








lundi 30 janvier 2017

Par amour De Valérie Tong Cuong

JC Lattès
« Tout comme mes grands-parents, ma mère parlait peu de la guerre. Ou bien seulement avec d’autres Havrais. Je devinais pourtant qu’ils avaient vécu l’enfer. Un jour, j’ai saisi les raisons de ce silence. La ville n’avait pas seulement été occupée par les Allemands. Nos propres alliés, les Anglais, l’avaient bombardée sans relâche, puis détruite, assassinant nombre de ses habitants. Ce n’était pas une chose à dire.
Alors, j’ai voulu comprendre. Il a fallu retrouver des témoins du drame. Exhumer des archives. Ce que j’ai découvert m’a éclairée sur ce qu’est le courage, l’abnégation, et sur l’amour, qui était demeuré leur seul carburant. »
Voici donc l’histoire de deux familles havraises emportées dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. D’un côté, Joffre et Emélie, concierges d’école durs au mal, patriotes, et leurs enfants ; de l’autre, le clan de Muguette, dont l’insouciance sera ternie par la misère et la maladie.
Du Havre à l’Algérie où certains enfants seront évacués, des chemins de l’exode au sanatorium d’Oissel, ce roman choral met en scène des personnages dont les vies secrètes s’entremêlent à la grande Histoire, et nous rappelle qu’on ne sait jamais quelles forces guident les hommes dans l’adversité.
Par amour


Mon petit mot

Où encore une fois le talent d'un auteur parvient à m'étonner !

On pourrait se dire, un roman de plus qui a pour cadre la seconde guerre mondiale, on risque le déjà lu...
Mais non, car l'angle choisi est particulièrement intéressant.

La ville du Havre d'abord, si durement touchée par le conflit.  
Les enfants évacués ensuite, jusqu'en Algérie, un pan de l'histoire de cette ville qui m'était totalement inconnu.
L'écriture ensuite, qui fait alterner les narrateurs, et permet, d'un chapitre à l'autre, d'entendre les points de vue des parents ou des enfants.

L'ensemble est totalement prenant, en plus d'être historiquement passionnant!
Par les choix des personnages "par amour", prend-on toujours la bonne décision?
Des choix cruels, incompréhensibles parfois pour l'entourage... il faudra en effet beaucoup s'aimer pour traverser ces épreuves.

Bref, un coup de cœur!



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 dames de lettres












samedi 28 janvier 2017

Je crois en un seul dieu Stefano Massini / Arnaud Meunier Rachida Brakni Théâtre Olympia

Eden Golan, cinquante ans, professeure israélienne, s’efforce de conserver ses idéaux de gauche. Shirin Akhras, vingt ans, étudiante palestinienne, aspire à mourir en martyre. Mina Wilkinson, quarante ans, militaire américaine, est engagée aux côtés des forces israéliennes dans la lutte contre le terrorisme. Dans un an, dix jours et huit heures, ces trois femmes seront sur les lieux d’un même attentat, à Tel Aviv.
Comment aborder l’actualité la plus brûlante sans en réduire la complexité ? Stefano Massini se sert de son art du récit. Dans Femme non-rééducable, il retraçait le parcours de la journaliste russe Anna Politkovskaïa jusqu’à son assassinat. Dans Je crois en un seul dieu, il entremêle les paroles de trois femmes très proches géographiquement et très éloignées idéologiquement, pour nous offrir trois points de vue sur une même réalité.
Trois femmes jouées par une seule actrice. Un défi pour Arnaud Meunier qui signe sa troisième mise en scène d’une pièce de Stefano Massini. Pour interpréter les trois facettes de ce texte haletant, il fait appel au talent de Rachida Brakni.

de Stefano Massini
traduction Olivier Favier et Frederica Martucci
mise en scène Arnaud Meunier
 collaboration artistique Elsa Imbert  assistante à la mise en scène Parelle Gervasoni
scénographie et lumières Nicolas Marie  création musicale Patrick De Oliveira costumes Anne Autran
régie générale Philippe Lambert
décor et costumes Ateliers de La Comédie de Saint-Étienne
 avec
Rachida Brakni


Stefano Massini
Auteur de théâtre et metteur en scène, il est né en 1975 à Florence, en Italie, où il vit et travaille comme auteur indépendant et metteur en scène.
Il reçoit à l’unanimité du jury, le plus important prix italien de dramaturgie contemporaine, le Premio Pier Vittorio Tondelli dans le cadre du Premio Riccione 2005.
Stefano Massini traduit aussi en italien des pièces de William Shakespeare et adapte pour le théâtre des romans et des récits.
En italien, une seule lettre sépare le mot dieu du mot haine. Dio, odio. Stefano Massini a joué sur cette subtile polysémie de la langue pour intituler Credo in un solo dio (Je crois en un seul dieu).

Mon petit mot

Quelle performance d'actrice!

Si j'ai eu un tout petit peu de mal à prendre le rythme les premières minutes (pas facile certains soirs d’enchaîner directement travail - théâtre) , je suis sortie du spectacle totalement séduite (et un peu sonnée!).

La tension monte, au fil du compte à rebours terrible, annoncé dès le début, le rythme va crescendo, et nous laisse plutôt KO!
On oublie tout espoir de réconciliation, de compréhension,  ou tout simplement de co-existence pacifique, ce stade est d'emblée déjà dépassé.

Un décor des plus dépouillés, c'est par un geste, une inflexion vocale, une attitude, une musique, un changement de lumière que Rachida Brakni passe d'un personnage à l'autre, avec une sobriété très efficace.

On suit l'évolution des pensées de ces trois femmes, si différentes au premier abord, l'une plaide la paix, l'autre se rêve martyre, et pourtant, leurs paroles finissent parfois par se rejoindre, prononçant finalement chacune les mêmes mots.
Le choix d'une comédienne unique pour les trois rôles est particulièrement pertinent, et renforce les points de rencontres et d'universalité entre elles.
L'américaine, cynique, permet d'alléger un peu la confrontation des deux autres points de vue et de prendre du recul sur les événements mais aussi de s'interroger sur l'attitude du reste du monde face à ce conflit.

L'écriture a une musicalité particulière, des mots, des phrases répétés, mis en relief, resteront en mémoire.
Et nous, entre ces femmes, où en sommes-nous?

 A découvrir absolument, pour l'écriture, et pour le travail de Rachida Brakni !

pour en savoir plus jecroisenunseuldieu


Un auteur italien pour le




jeudi 26 janvier 2017

Ne parle pas aux inconnus, Sandra Reinflet #Lattès



« Ne parle pas aux inconnus », c’est ce que Camille entend depuis l’enfance. Elle ne rêve pourtant que d’aller voir ailleurs. N’importe où plutôt que ce canapé qui menace de l’engloutir comme il engloutit déjà les kilos de sa mère, campée devant la télé. Camille vit dans un pavillon neuf, c’est joli “pavillon”, à une lettre près ça s’envole sauf que sa famille n’est pas du genre à papillonner.
Perchée sur la pointe des pieds, Camille cherche une issue. Elle regarde au-delà des fumées d’usine, au-delà du Rhin, là où Eva se cache, peut-être. Depuis que son amoureuse polonaise a disparu, Camille a la nausée. Un pied dans l’enfance, un autre dans l’âge adulte, ça fout le vertige, surtout quand plus personne ne vous tient la main.
Au bord du vide, elle décide de faire le grand saut et de prendre la route, pouce en l’air, vers l’est et cet inconnu qu’on lui défend d’embrasser. D’Allemagne en Serbie, de Roumanie en Hongrie, elle va, au fil des rencontres, mettre ses peurs à la porte et interroger le lointain et le proche.
Un voyage dans l’inconnu au cours duquel elle croisera ces étrangers dont ses parents lui disaient de se méfier et qui tous, à leur manière, l’aideront à trouver ce qu’elle ne cherchait pas : elle-même.
Qui sont vraiment les étrangers autour de nous ? Les secrets les mieux gardés ne sont-ils pas les plus en vue ? Comment devenir adulte sans abandonner l’enfant en nous ?
Et si la famille était la plus grande inconnue ?

Mon petit mot

Un livre repéré chez Sabine, et je n'ai pas été déçue!

Ou quand une quête de l'autre devient une quête de soi...

Un roman initiatique aux allures de road movie en Europe de l'Est, pour revenir finalement à l'essentiel, au lieu de toutes les névroses, de tous le secrets, des manques mais aussi des points d'ancrage : la cellule familiale.

Il faut parfois partir pour mieux comprendre.
Couper le cordon pour mieux retrouver la mère.
Se libérer du poids des autres et des leurs angoisses.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de ce roman, j'aurais pu noter une multitude de phrases, tant on se retrouve ou on retrouve ses parents dans les injonctions données ou le ressenti.

Il y a des sourires, des émotions, et l'envie folle de repousser les limites.
Prendre la porte de sortie plutôt que la porte d'entrée et partir à la découverte de l'autre, qu'il soit à des milliers de kilomètres... ou juste à côté!


C'était ma première rencontre avec cette auteure qui rejoint ma liste "à suivre"!


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dames de lettres

mardi 24 janvier 2017

Venise sous la neige

Je continue mes voyages virtuels! Bien au chaud devant l'ordinateur, pour découvrir l'Italie sous la neige.

Après les Pouilles, direction Venise, c'est tout aussi magique!
Venise neige

 venezia

 la quantité est moindre, mais magnifie tout de même le décor!

une cité magique en toutes saisons!

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et parfois comme en 2013, acqua alta et chûtes de neige se mêlent 
acqua-alta-e-neve-a-venezia 




 au coeur de Venise










de belles galeries photos à découvrir ici ou
ou ici

 je ne m'en lasse pas! Venise en hiver



gondoles et canaux sous la neige
 bref, Venise, c'est à voir en toutes saisons!

un autre bel album



la lagune n'est pas en reste

et quand le gel transforme les canaux en patinoire
 la navigation se complique!



un nouveau voyage virtuel pour le





dimanche 22 janvier 2017

La société du mystère roman par Dominique Fernandez

Grasset, janvier 2017
Un narrateur contemporain déniche chez un antiquaire un livre rare du xvie siècle : les Mémoires du peintre florentin Bronzino.
Les enfances de l’artiste auprès de son maître Pontormo, les leçons de vie que lui prodigue ensuite ce casse-cou de Benvenuto Cellini, la manière dont Bronzino devient peintre officiel des Médicis tout en s’affranchissant habilement des contraintes : à travers la vie trépidante d’une génération de génies entravés, pourchassés, menacés de mort pour leurs pensées hérétiques ou leurs amours interdites, Dominique Fernandez peint à fresque une époque de violences où la férule des Médicis et les dogmes catholiques imposent aux créateurs un carcan qui les contraint à crypter, chiffrer, coder et contrefaire. Le lecteur est introduit dans cette « Société du mystère » qui contourne la censure et atteint au sublime par la transgression : l’envers de la Renaissance à Florence telle que le vernis officiel nous en a légué l’histoire.
Au confluent de deux grandes passions de Dominique Fernandez, l’Italie et la peinture, cette autobiographie fictive, véritable roman de cape, d’épée et de pinceau, se situe dans la lignée de Porporino ou les mystères de Naples (Grasset, 1974, prix Médicis), de Dans la main de l’ange (Grasset, 1982, prix Goncourt) et de La course à l’abîme (Grasset, 2003).



Mon petit mot

J'avais lu il y a quelques temps Porporino ou les mystères de Naples  de Dominique Fernandez , je me suis plongée avec beaucoup de plaisir dans ce pavé consacré cette fois à l'art florentin du XVIème siècle, plus particulièrement centré sur trois artistes, Pontormo, Agnolo Bronzino et Alessandro Allori.

J'ai eu pourtant un peu de mal à entrer dans l'ouvrage, le narrateur contemporain n'apportant à mes yeux pas grand chose. Une fois arrivée dans la Florence de l'époque, plus de réticence. On suit les artistes dans leur vie quotidienne, avec une multitude de détails, de leur nourriture à leurs vêtements, on s'y croirait vraiment!

L'auteur centre son analyse sur la sexualité des artistes, la représentation du corps dans l'art, et permet ainsi de redécouvrir de nombreuses oeuvres et les liens entre elles

Visitation, fresque, église Santissima Annunziata de Florence. Le « putto » nu aux jambes écartées mis en parallèle avec le Diogène de L'école d'Athènes de Raphael : 
détails


La place du nu masculin, Pontormo, détail fresque la Villa Medici di Poggio a Caiano


Mais tout ceci va se heurter à l'église, l'inquisition, la contre réforme, les tableaux sont de véritables enjeux théologiques ou politiques et la place de l'artiste est particulièrement délicate.
Alors pour certains, les détails minuscules de leurs oeuvres deviennent l'occasion d'affirmer leur véritable opinion, plus ou moins dissimulée dans un nuage ou l'ombre d'un recoin de la peinture.

L'analyse des oeuvres est passionnante, telle celle de Allégorie avec Vénus et Cupidon d'Agnolo Bronzino, que de symboles!
Angelo Bronzino - Venus, Cupid, Folly and Time - National Gallery, London.jpg
Angelo Bronzino 003.jpg

Et si les soucis ne viennent pas de l'église, c'est du côté des puissants qu'ils arrivent.
Une Italie en guerre, Charles Quint, les rivalités entre familles, la Renaissance est loin d'être une période de paix, et être peintre de cour se révèle être une charge redoutable!

Sans parler des rivalités entre artistes (la jalousie d'un Vasari par exemple), la dépendance par rapport aux mécènes,  ou leur non acceptation par leur famille, ou encore des exils ou autres procès, la vie d'artiste est loin d'être un long fleuve tranquille !


Portrait d’Éléonore de Tolède et son fils Giovanni de Medicis par Bronzino

A travers ces trois générations d'artistes, on visite Florence, Rome, et Venise, on glisse de la renaissance vers le maniérisme, jusqu'aux funérailles de Michel Ange.


De nombreux tableaux sont évoqués, un fourmillement d'anecdotes fait découvrir de multiples détails qui échappent totalement au premier regard!



Par exemple dans le portrait de  Cosme Ier de Médicis en Orphée

Agnolo Bronzino - Portrait of Cosimo I de' Medici as Orpheus - Google Art Project.jpg
ou les mascarons du fauteuil du portrait de Lucrezia Panciatichi 
 
File:Angelo Bronzino - Portrait of Lucrezia Panciatichi (detail) - WGA3267.jpg

Bref, une plongée intéressante dans l'art florentin! Et une lecture à prolonger impérativement par une observation détaillée des tableaux cités!


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