jeudi 31 janvier 2013

Célimène Le Misanthrope Mlle Mars et autres actices et costumes...

Après : Le Misanthrope Molière / Alceste à bicyclette 
revenons à la rubrique rôle féminin au théâtre et costume de scène avec le personnage de Célimène, l'aimée du Misanthrope de Molière et de quelques grandes actrices qui ont joué ce rôle.


Célimène, du côté de la société des apparences, du paraître, du plaisir, montre aussi qu'elle maîtrise l'art du langage et de la joute verbale.

La comédienne Mlle Mars dans le rôle de Célimène :
Le misanthrope, Molière : costume de Mademoiselle Mars (Célimène) 1812

Jeune veuve, belle, libre, coquette, cruelle parfois en parole, elle représente ce ce monde du paraître qu'Alceste déteste...et pourtant, c'est bien d'elle dont il tombe fou amoureux, avant finalement de se retirer du monde...
 
Costume de Mademoiselle Mars (Célimène) / gravé par Maleuvre

En version timbre en 1953

Ainsi Philinte la dépeint à Alceste (acte I, scène 1) :
" |...| Célimène |...|
De qui l’humeur coquette, et l’esprit médisant,
Semblent si fort donner dans les mœurs d’à présent."
Cecile Sorel (1873-1966) Célimène  'Le Misanthrope'  Molière

 A voir et à entendre, cette scène 4 de l'acte 3 et la célèbre tirade où elle dresse un portrait vengeur d'Arsinoé :

Célimène : Béatrice Agenin ; Arsinoé : Bérengère Dautun
Mise en scène : Pierre Dux (1977) - Réalisation : Jean-Paul Carrère
Décor et costumes : Jacques Marillier
La Comédie Française

Dans le film Molière,
Ludivine Sagnier Célimène


CÉLIMÈNE

Madame, j'ai beaucoup de grâces à vous rendre:
Un tel avis m'oblige, et loin de le mal prendre,
J'en prétends reconnaître, à l'instant, la faveur,
Par un avis aussi qui touche votre honneur;
Et comme je vous vois vous montrer mon amie
En m'apprenant les bruits que de moi l'on publie,
Je veux suivre, à mon tour, un exemple si doux,
En vous avertissant de ce qu'on dit de vous.
En un lieu, l'autre jour, où je faisais visite,
Je trouvai quelques gens d'un très rare mérite,
Qui, parlant des vrais soins d'une âme qui vit bien,
Firent tomber sur vous, Madame, l'entretien.
Là, votre pruderie et vos éclats de zèle
Ne furent pas cités comme un fort bon modèle:
Cette affectation d'un grave extérieur,
Vos discours éternels de sagesse et d'honneur,
Vos mines et vos cris aux ombres d'indécence
Que d'un mot ambigu peut avoir l'innocence,
Cette hauteur d'estime où vous êtes de vous,
Et ces yeux de pitié que vous jetez sur tous,
Vos fréquentes leçons, et vos aigres censures
Sur des choses qui sont innocentes et pures,
Tout cela, si je puis vous parler franchement,
Madame, fut blâmé d'un commun sentiment.
À quoi bon, disaient-ils, cette mine modeste,
Et ce sage dehors que dément tout le reste?
Elle est à bien prier exacte au dernier point;
Mais elle bat ses gens, et ne les paye point.
Dans tous les lieux dévots elle étale un grand zèle;
Mais elle met du blanc et veut paraître belle.
Elle fait des tableaux couvrir les nudités;
Mais elle a de l'amour pour les réalités.
Pour moi, contre chacun je pris votre défense,
Et leur assurai fort que c'était médisance;
Mais tous les sentiments combattirent le mien;
Et leur conclusion fut que vous feriez bien
De prendre moins de soin des actions des autres,
Et de vous mettre un peu plus en peine des vôtres;
Qu'on doit se regarder soi-même un fort long temps,
Avant que de songer à condamner les gens;
Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire
Dans les corrections qu'aux autres on veut faire;
Et qu'encor vaut-il mieux s'en remettre, au besoin,
À ceux à qui le Ciel en a commis le soin.
Madame, je vous crois aussi trop raisonnable,
Pour ne pas prendre bien cet avis profitable,
Et pour l'attribuer qu'aux mouvements secrets
D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.

mardi 29 janvier 2013

Le Misanthrope Molière / Alceste à bicyclette

Je suis dans ma phase relecture des classiques, en lien avec les sorties au théâtre ou au cinéma de cette période! Après Roméo et Juliette pour la version opéra à Tours, avant Les femmes savantes bientôt au théâtre, cette fois, c'est la relecture du Misanthrope venue prolonger la soirée ciné Alceste à bicyclette. Un film qui donne à entendre des alexandrins et qui donne envie de relire du théâtre, c'est chouette!

Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux , comédie de Molière en cinq actes, en vers.


Présentation de la pièce

Rompre avec le monde, telle est la volonté d'Alceste. Affligé par l'hypocrisie et la frivolité de la société mondaine, il revendique un idéal d'honnêteté et de transparence des cœur. Un idéal quelque peu anachronique aux yeux d'une noblesse qui a appris à taire son orgueil et à se plier aux compromis de la vie de cour... Alceste s'en moque : il fustige Oronte, le mauvais poète, sans s'embarrasser des convenances. Mais pour son plus grand malheur, il est aussi jalousement amoureux de Célimène, la jeune veuve coquette et reine des salons qui adore médire de ses semblables. De cette situation paradoxale naît la comédie de fâcheries en rodomontades, le ridicule ne tarde pas à rattraper ce misanthrope excessif, emporté et désespérément amoureux...
Distribution de la création, Théâtre du Palais-Royal, vendredi 4 juin 1666 :
Alceste : Molière
Philinte : La Thorillière
Oronte : Du Croisy
Acaste : La Grange
Clitandre : Hubert
Célimène : Armande Béjart, dite Mlle Molière
Éliante : Mlle De Brie
Arsinoé : Mlle Du Parc
Le garde : De Brie
Dubois : Béjart
Le costume de Molière (d'après son Inventaire après décès) :
« Une autre boîte où sont les habits de la représentation du Misanthrope, consistant en haut-de-chausses et juste-au-corps de brocart rayé or et soie gris, doublé de tabis, garni de ruban vert la veste de brocart d'or, les bas de soie et jarretières ; prisé trente livres. »


Le début 
ACTE I, SCENE PREMIERE.
Philinte.
Qu' est-ce donc ? Qu' avez-vous ?
Alceste.
Laissez-moi, je vous prie.
Philinte.
Mais encor dites-moi quelle bizarrerie...
Alceste.
Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.
Philinte.
Mais on entend les gens, au moins, sans se fâcher.
Alceste.
Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre.
Philinte.
Dans vos brusques chagrins je ne puis vous comprendre,
et quoique amis enfin, je suis tout des premiers...
Alceste.
Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers.
J' ai fait jusques ici profession de l' être ;
mais après ce qu' en vous je viens de voir paroître,
je vous déclare net que je ne le suis plus,
et ne veux nulle place en des coeurs corrompus.
Le misanthrope. Mise en scène de Simon Eine 1989

Mon petit mot:

J'ai replongé avec plaisir dans les thèmes de cette pièce, l'hypocrisie, la société du paraître, le monde de la cour, des apparences, de l'artificiel, la quête du plaisir et du bonheur derrière laquelle chaque personnage envisage une conception bien différente. Les contrastes entre les personnages également, Alceste qui espère faire changer les choses, on rit, on réfléchit aussi et certaines répliques restent toujours d'actualité!

J'ai également passé un bon moment donc au cinéma avec Alceste à bicyclette qui donne à entendre plusieurs scènes de cette pièce, et qui, en les faisant aborder de façon différente par les deux comédiens en répétition, nous en démonte les ressorts. Recherche des intentions des personnages, explication de texte , on redécouvre certains aspects des vers au fil des répétitions et de la lutte entre les deux comédiens pour le rôle d'Aleceste.  De l'auto-dérision, Luchini sur sa façon de jouer, sur les séries télé, sur le monde du spectacle, des rires, et l'île de Ré en hiver... et les thèmes de Molière (hélas?) très actuels.

Je reviendrai pour terminer cette série sur le personnage de Célimène et certains costumes de ses interprètes.

Mise à jour : celimene-le-misanthrope-mlle-mars-et autres actrices et costumes


    Challenge théâtre


Le film

Un film de :
Philippe Le Guay
Avec :
Fabrice Luchini, Lambert Wilson, Maya Sansa, Laurie Bordesoules, Camille Japy, Annie Mercier, Ged Marlon, Stéphane Wojtowicz, Christine Murillo, Josiane Stoléru et Edith Le Merdy
Au sommet de sa carrière d’acteur, Serge Tanneur a quitté une fois pour toutes le monde du spectacle. Trop de colère, trop de lassitude. La fatigue d’un métier où tout le monde trahit tout le monde. Désormais, Serge vit en ermite dans une maison délabrée sur l’Île de Ré… Trois ans plus tard, Gauthier Valence, un acteur de télévision adulé des foules, abonné aux rôles de héros au grand cœur, débarque sur l’île. Il vient retrouver Serge pour lui proposer de jouer «Le Misanthrope» de Molière. Serge n’est-il pas devenu une pure incarnation du personnage d’Alceste ? Serge refuse tout net et confirme qu’il ne reviendra jamais sur scène. Pourtant, quelque chose en lui ne demande qu’à céder. Il propose à Gauthier de répéter la grande scène 1 de l’Acte 1, entre Philinte et Alceste. Au bout de cinq jours de répétition, il saura s’il a envie de le faire ou non. Les répétitions commencent : les deux acteurs se mesurent et se défient tour à tour, partagés entre le plaisir de jouer ensemble et l’envie brutale d’en découdre. La bienveillance de Gauthier est souvent mise à l’épreuve par le ressentiment de Serge. Autour d’eux, il y a le microcosme de l’Île de Ré, figée dans la morte saison : un agent immobilier, la patronne de l’hôtel local, une italienne divorcée venue vendre une maison. Et l’on peut se prendre à croire que Serge va réellement remonter sur les planches…



dimanche 27 janvier 2013

Roméo et Juliette opéra de Tours Ossonce Fourny Laconi Gillet

Roméo et Juliette de Gounod à l'Opéra de Tours
Opéra en cinq actes de Charles Gounod, livret de Jules Barbier et Michel Carré d'après le drame de Shakespeare, créé à Paris au Théâtre-Lyrique en 1867.

Nouvelle coproduction décors, costumes et accessoires Opéra de Tours,
En coproduction avec l'Opéra-Théâtre d'Avignon et des Pays de Vaucluse Opéra-Théâtre de Metz Métropole, Opéra de Reims et Opéra de Massy

Opéra de Tours : Juliette Anne-Catherine Gillet,  Roméo Florian Laconi


Direction Jean-Yves Ossonce
Mise en scène Paul-Émile Fourny
Décors Emmanuelle Favre
Maquette Décor Roméo et Juliette opéra de Tours

Costumes Dominique Burté
Lumières Jacques Chatelet

Avec :
Roméo Florian Laconi
Juliette Anne-Catherine Gillet
Stéphano Marie Lenormand
Gertrude Doris Lamprecht
frère Laurent Jérôme Varnier
Capulet François Harismendy
Tybalt Christophe Berry
Mercutio Ronan Nédélec
Orchestre Symphonique Région Centre – Tours direction Jean-Yves Ossonce , Chœurs de l’Opéra de Tours


Juliette, grand théâtre de Tours
Mon petit mot:
Dès le lever du rideau, l'ambiance est clairement posée (joli prologue d'ailleurs avec le choeur), on entre de plein pied dans la tragédie. L'on va suivre les deux amoureux dans leur quette perdue d'avance, deux être en décalage total avec le reste du monde où ils vivent (gros décalage de costumes également entre les deux familles, avec comme l'a bien caractérisé je trouve mon voisin, un petit air pirates des Caraïbes pour Roméo et son clan!) .
Une production portée par une très belle distribution, les deux rôles titre en tête et un coup de coeur également pour Marie Lenormand en Stéphano, des jeunes chanteurs qui confirment leur talent! Une belle diction pour la plupart, et ça aussi, c'est très agréable!
Côté décors, un escalier sans fin, et la métaphore (trop?)  filée du cerf et de ses bois, St-Hubert pour la chapelle, rappelant sans-cesse le poids de la famille Capulet à Juliette...
Bref, il reste deux représentations, si vous avez l'occasion, allez-y!
Pour avoir un aperçu du spectacle:

dans le cadre du challenge:

 Pour prolonger la soirée...

samedi 26 janvier 2013

The musicale de Stacy Tolman

Un tout petit billet en passant avant de reprendre le fil des chroniques en retard et en particulier le beau Roméo et Juliette de l'opéra de Tours, alors pour rester dans le domaine musicale, une œuvre découverte il y a peu:  :
The musicale de Stacy Tolman
vers 1887
Brooklyn Museum
un vrai décor de théâtre!
Bon week-end à tous!

vendredi 25 janvier 2013

Indiana George Sand

Présentation de l'éditeur:
Née le 5 juillet 1804 à Paris, Aurore Dupin est la fille d'un officier des armées impériales et d'une couturière. Très tôt, elle noircit cahier sur cahier. Comme toutes les jeunes filles de son époque, elle se marie et devient mère de famille. Elle se sépare pourtant de son mari pour mener une vie indépendante, décision qui fit scandale.Elle publie d'abord des textes co-signés avec son amant avec son amant Jules Sandeau  Indiana est la première œuvre littéraire que l'auteur rédigea seule et qu'elle signa avec le pseudonyme qui lui est resté. Ses premiers romans, "Indiana" et "Lélia", ont un immense succès : elle devient célèbre, sous le pseudonyme de George Sand. Écrivain engagé, elle revendique pour les femmes le droit au divorce, à l'égalité civile et elle s'enthousiasme pour la révolution de 1848. Sous le Second Empire, elle continue d'écrire, publiant notamment "La petite Fadette". Ses œuvres les plus connues sont ses romans «paysans» mais elle est aussi l'auteur de contes, de légendes, de romans au réalisme social très marqué et de nombreuses pièces de théâtre, ainsi que vingt-quatre volumes de correspondance ! George Sand est décédée le 8 juin 1876. 
  Indiana a fait George Sand et c'est à travers l'écriture que celle-ci a conquis sa liberté, sa dignité de femme, son identité même. " La cause que je défendais, dira-t-elle plus tard, est celle de la moitié du genre humain, celle du genre humain tout entier : car le malheur de la femme entraîne celui de l'homme comme celui de l'esclave entraîne celui du maître. " Et : " J'ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, mais profond et légitime, de l'injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l'existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société ".


Le début : Par une soirée d’automne pluvieuse et fraîche, trois personnes rêveuses étaient gravement occupées, au fond d’un petit castel de la Brie, à regarder brûler les tisons du foyer et cheminer lentement l’aiguille de la pendule. Deux de ces hôtes silencieux semblaient s’abandonner en toute soumission au vague ennui qui pesait sur eux ; mais le troisième donnait des marques de rébellion ouverte : il s’agitait sur son siège, étouffait à demi haut quelques bâillements mélancoliques, et frappait la pincette sur les bûches pétillantes, avec l’intention marquée de lutter contre l’ennemi commun.

L'illustration de la couverture :Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1833) coll. Musée de la Vie romantique, à Paris.

 Mon avis :
Après mes lectures biographiques autour de George Sand pour les articles consacrés à son amie Marie Dorval (en particulier : Marie Dorval 2), j'ai eu envie de me replonger plus profondément dans son oeuvre, alors, commençons par le commencement!
Une femme, trois hommes (peu sympathiques!)... et autant de possibilités!
Conceptions de l'amour, du mariage, relations hommes-femmes, condition féminine, domination, espoir, rapport à la société, mais aussi à la politique (j'avoue avoir lu en diagonale quelques paragraphes sur ce sujet, mes connaissances historiques sur la période étant bien lointaines!), un roman à plusieurs niveaux de lecture qui forment un premier roman dense, belle peinture d'une certaine société de l'époque.
Des personnages bien croqués, une œuvre assez typique du courant du romantisme, amours impossibles, lyrisme amoureux. désespoir, soif d'absolu, de liberté, revendications identitaires... bref un roman qui aide à mieux connaître son auteure!


Un livre lu dans les cadres des challenges :




liste de lecture:

mardi 22 janvier 2013

Roméo et Juliette Shakespeare

Ah... les amants de Vérone... Roméo et Juliette ,  tragédie de William Shakespeare lue il y a bien longtemps , dans le texte de laquelle j'ai eu envie de replonger en prévision du prochain spectacle au grand théâtre de Tours (Roméo et Juliette de Gounod Opéra de Tours, les 25, 27 et 29 janvier 2013 , mise en  scène Paul-Emile Fourny , direction Jean-Yves Ossonce, avec Florian Laconi et Anne Catherine Gillet dans les rôles de Roméo et Juliette) dont je vous reparlerai.
L'occasion aussi de comparer quelques costumes pour le rôle de Juliette:
Roméo et Juliette, opéra de Steibelt et Ségur : costume de Madame Scio-Messier rôle de Juliette 1807
L'occasion aussi de repartir virtuellement en Italie, en attendant un jour de passer plus longtemps à Vérone que je n'avais pu le faire lors de mon séjour à Venise avec un trop bref passage entre Venise et Milan.

Le thème de l'histoire remonte à l'Antiquité, Shakespeare s'inscrit dans une longue lignée d'auteurs que cette histoire a inspiré.
La première compagnie théâtrale à la jouer est probablement celle des Lord Chamberlain's Men le premier interprète de Roméo est probablement Richard Burbage, l'acteur principal de la compagnie, et celui de Juliette le jeune garçon Robert Goffe.

Roméo et Juliette, opéra de Charles Gounod : illustration de presse / dessin d'Adrien Marie 1888
J'ai apprécié cette relecture qui m'a permis de redécouvrir les intrigues autour de certains personnages secondaires voir seulement évoqués, et en particulier celui de Rosaline, et les comparaisons entre ce personnage et celui de Juliette, la lune et le soleil et les façons dont Roméo se comporte par rapport à l'une ou à l'autre. 

Les costumes autour de la version de Jean Cocteau
Costumes de Jean Hugo


Le début : 
Shakespeare, Roméo et Juliette, Le prologue
Le Choeur
Deux familles, égales en noblesse,
Dans la belle Vérone, où nous plaçons notre scène,
Sont entraînées par d'anciennes rancunes à des rixes nouvelles
Où le sang des citoyens souille les mains des citoyens.
Des entrailles prédestinées de ces deux ennemies
A pris naissance, sous des étoiles contraires, un couple d'amoureux
Dont la ruine néfaste et lamentable
Doit ensevelir dans leur tombe l'animosité de leurs parents.
Les terribles péripéties de leur fatal amour
Et les effets de la rage obstinée de ces familles,
Que peut seule apaiser la mort de leurs enfants,
Vont en deux heures être exposés sur notre scène.
Si vous daignez nous écouter patiemment,
Notre zèle s'efforcera de corriger notre insuffisance

Une relecture qui entre en compte pour plusieurs challenges : 
 et dans la liste de lecture

dimanche 20 janvier 2013

Seule Venise Claudie Gallay

Présentation de l'éditeur

A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C'est l'hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l'arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l'attente du désir et de l'autre.
Dans une langue ajustée aux émotions et à la détresse de son personnage, Claudie Gallay dépeint la transformation intérieure d'une femme à la recherche d'un nouveau souffle de vie. Et médite, dans le décor d'une Venise troublante et révélatrice, sur l'enjeu de la création et sur la force du sentiment amoureux
Du même auteur:
L'Office des vivants, Éditions du Rouergue, 2001
Mon amour, ma vie, Éditions du Rouergue, 2002.
Seule Venise, Éditions du Rouergue, 2004
Les Années cerises, Éditions du Rouergue, 2004.
Dans l'or du temps, Éditions du Rouergue, 2006
Les Déferlantes, Éditions du Rouergue, 2008
L’amour est une île, Éditions Actes Sud, 2010


Le début: 
ça commence comme ça vous et moi, ce jour-là, en décembre 2002, bien avant de vous connaître.
Je viens d'avoir quarante ans.
Pourquoi faut-il que les dates aient tellement d'importance ?
C'est l'hiver. Il fait froid. J'aurais dû choisir une autre destination. Ou alors une autre saison. Qu'importe.


Mon petit mot

  Claudie Gallay fait partie des auteurs que je retrouve toujours avec plaisir, Seule Venise était dans ma PAL depuis plusieurs semaines, je me le gardai en réserve et le rendez-vous, c'était ce week-end, entre pluies verglaçantes et neige, quoi de mieux que de se blottir dans le canapé, une tasse de thé à la main, un fond de musique... et Venise...
J'ai retrouvé avec plaisir les lieux qui m'avaient marqué lors de mon séjour dans cette ville magique, de l'arrivée à la gare, directement du train à la lagune, les palais, les églises, l'acqua-alta, et cette indéfinissable charme de la ville, même en hiver et dans la brume.
Les rencontres, les destins, les relations aux autres...  un petit groupe de personnages bien croqués.
Même plaisir quand à l'écriture de l'auteure, cette musique des mots si agréable, à petites touches comme picturales, bien en phase avec le récit, après Les déferlantes (avec lequel on retrouve quelques similitudes, l'importance des conversations avec l'homme âgé qui trouve un refuge à la fin, le couvent..., comme si Seule Venise avait été une sorte de préparation pour arriver à la densité des Déférlantes) et L'amour est une île, une troisième belle découverte. Peu de choses sont dites finalement, on finira par mieux connaître le passé du Prince russe que celui de la narratrice, dont on ne sait pas le prénom, on va à l'essentiel, peut importe l'avant, ce qui compte c'est le maintenant et l'avenir. Et ce sont ces non-dits, ces ellipses, qui font la force du texte.
Ici, l’atmosphère est grise, brumeuse, comme Venise en hiver, comme l'était le ciel ici au moment où je lisais ces pages, et l'on retrouve comme toujours chez cette auteure des références littéraires (forcément, avec un personnage libraire...) et artistique (picturale et musicale) qui donnent envie de prolonger autrement la lecture : Un barrage contre le pacifique de Duras, Mort à Venise de Thomas Mann (lu et beaucoup apprécié également), La barbarie ordinaire: Music à Dachau de Jean Clair.

Un peintre dont on parle beaucoup dans ce livre :

Zoran Music Né en 1909 à Gorizia, en Dalmatie le peintre Zoran Music fut arrêté en 1944 par la Gestapo et déporté à Dachau. Cette période de captivité et de souffrance détermina tout son oeuvre à venir. Lors de sa captivité, Zoran Music fut saisi par une incroyable frénésie de dessiner la vie au camp. Au sortir de cette douloureuse expérience, il fit des séjours réguliers à Venise et en Suisse puis s'installa à Paris en 1952. Il réalisa entre autres de nombreuses vues de Venise dans une palette Terre de Sienne aux tons doux et brumeux. En 1995, il a fait partie de la sélection pour le centenaire de la Biennale de Venise, où il s'éteint le 25 mai 2005. Il était âgé de 96 ans. 

"Je dessine comme en transe m'accorchant morbidement à mes bouts de papier. J'étais comme aveuglé par la grandeur hallucinante de ces champs de cadavres. De loin, ils m'apparaissaient comme des plaques de neige blanche, des reflets d'argent sur les montagnes, ou encore pareils à tout vol de mouettes blanches posées sur la lagune, face au fond noir de la tempête au large".

Un livre qui entre dans le challenge Italie bien sûr:

mercredi 16 janvier 2013

La reine Ruy Blas costumes

Pour faire suite à l'article autour de Ruy Blas, je reprend ma série d'articles autour des grands rôles du théâtre féminin et de quelques costumes portés par les grandes actrices qui ont interprété ce rôle.
Si elle n'est finalement pas présente dans un grand nombre de scène, c'est le personnage au cœur de toutes les intrigues, qu'elles soient amoureuses (Ruy Blas, Guritan), ou de la vengeance de Salluste.
Une Reine délaissée par son mari, se sentant étrangère, prisonnière dans son propre palais, nostalgique de son enfance en Allemagne, qui souffre du pesant protocole de la cour... et la rend prête à vivre une histoire romanesque...

Extraits de ses répliques de l'acte II

La Reine:
Elle rêve un instant, puis s'arrache vivement à sa rêverie. À part.
Je ne veux pas penser !
Ce que j'ai dans l'esprit, je voudrais le chasser.
À Casilda.
Va chercher dans ma chambre un livre... – je suis folle !
Pas un livre allemand ! Tout en langue espagnole !
Le roi chasse. Toujours absent. Ah ! Quel ennui !
En six mois, j'ai passé douze jours près de lui.
[...]
Ne pouvoir, – ô mon Dieu ! Qu'est-ce que je ferai ?
Ni sortir, ni jouer, ni manger à mon gré !
Vraiment, je meurs depuis un an que je suis reine.
[...]Dans ma bonne Allemagne, avec mes bons parents !
Comme, ma soeur et moi, nous courions dans les herbes !
Et puis des paysans passaient, traînant des gerbes ;
Nous leur parlions. C'était charmant. Hélas ! Un soir,
Un homme vint, qui dit, – il était tout en noir,
Je tenais par la main ma soeur, douce compagne, –
" Madame, vous allez être reine d'Espagne. "
Mon père était joyeux et ma mère pleurait.
Ils pleurent tous les deux à présent. – en secret
Je vais faire envoyer cette boîte à mon père,
Il sera bien content. – vois, tout me désespère.
Mes oiseaux d'Allemagne, ils sont tous morts.
Casilda fait le signe de tordre le cou à des oiseaux, en regardant de travers la camerera.
Et puis
On m'empêche d'avoir des fleurs de mon pays.
Jamais à mon oreille un mot d'amour ne vibre.
Aujourd'hui je suis reine. Autrefois j'étais libre !
Comme tu dis, ce parc est bien triste le soir,
Et les murs sont si hauts, qu'ils empêchent de voir.
– Oh ! L'ennui !

J'en avais déjà parlé: Sarah Bernhardt dans le rôle de la reine
Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt en costume de Doña Maria de Neubourg dans Ruy Blas à la Comédie-Française
 photographie Etienne Carjat1879   BNF

Sarah Bernhardt dans le costume du rôle de la reine, Ruy Blas
et son costume:
Costume porté par Sarah Bernhardt, rôle de La Reine dans « Ruy Blas », 1872 Photo CNCS / Pascal François


Dans la version film de 1948 Ruy Blas. Réalisation, Pierre Billon. Scénario, Jean Cocteau. Avec  Danielle Darrieux ,  Jean Marais.

Dans la version diffusée cette semaine, costumes de Thibault Welchlin,
La reine, Juliette Rizoud et Casilda, Yasmina Remil



la reine dans Ruy Blas : maquette de costumes par Albert, Alfred Dessinateur, 1872, bnf


Boulanger Louis (1806-1867) Maquette de costumes pour Ruy Blas  la reine (1ere acte)


Costume de Maxime de Thomas pour la reine


Comédie française, maquette de costumes Ruy Blas : La reine (Rachida Brakni) Ezio Toffolutti (costumier) ; Brigitte Jacques-Wajeman (metteur en scène) 2002



La Reine (Colonna-Romano) Alexandre Benois (costumier) 1927
 la Reine (Colonna-Romano) Alexandre Benois (costumier) 1927

lundi 14 janvier 2013

Ruy Blas Victor Hugo

Après La chambre des Merveilles, je reste en Espagne, au déclin du siècle d'or cette fois, avec le Ruy Blas de Victor Hugo, pour rester dans le drame romantique mais sans Marie Dorval cette fois pour la création (le rôle titre fut crée par Frederick Lemaître, roi du boulevard .

Ruy Blas, pièce en cinq actes de Victor Hugo créée salle Ventadour, le 8 novembre 1838.
Un noble espagnol, don Salluste, est condamné à l’exil par la reine pour avoir séduit et fait un enfant à une dame de sa suite , utilise pour se venger de la reine pour cette disgrâce,  les services d’un de ses laquais, Ruy Blas, qui brule d'un amour secret pour la souveraine. Il lui fait jouer le rôle d'un noble, don César de Bazan et, sous cette identité, de séduire la reine, afin de la compromettre.
L'homme du peuple porté au pouvoir, peut triompher quelques instants avant de voir sa condition le rattraper et finir de façon tragique.
L'action se déroule sous plusieurs mois, toutes les règles de la tragédie classique (unité de temps, de lieu..) sont bouleversées. Justice - injustice sociale, déterminisme social, de nombreux thèmes sont abordés et des répliques savoureuses continuent à faire de cette pièce un fort agréable moment de lecture.

Il y a également de vrais moments drôles (la descente par la cheminée...), des répliques qui restent en mémoire, le « ver de terre amoureux d'une étoile », le « Bon appétit, messieurs !», bref , un classique redécouvert avec plaisir.

Le début: 
Scène première – Don Salluste De Bazan, Gudiel ; par instants Ruy Blas.

DON SALLUSTE.
Ruy Blas, fermez la porte, – ouvrez cette fenêtre.
Ruy Blas obéit, puis, sur un signe de don Salluste,il sort par la porte du fond. Don Salluste va à la fenêtre.
Ils dorment encor tous ici, – le jour va naître.
Il se tourne brusquement vers Gudiel.
Ah ! C'est un coup de foudre ! ... – oui, mon règne est passé,
Gudiel ! – renvoyé, disgracié, chassé ! –
Ah ! Tout perdre en un jour ! – l'aventure est secrète
Encor, n'en parle pas. – oui, pour une amourette,
 Chose, à mon âge, sotte et folle, j'en convien ! –
Avec une suivante, une fille de rien !
Séduite, beau malheur ! Parce que la donzelle
 Est à la reine, et vient de Neubourg avec elle,
Que cette créature a pleuré contre moi,
Et traîné son enfant dans les chambres du roi ;
Ordre de l'épouser. Je refuse. On m'exile.
On m'exile ! Et vingt ans d'un labeur difficile,
Vingt ans d'ambition, de travaux nuit et jour ;
Le président haï des alcades de cour,
Dont nul ne prononçait le nom sans épouvante ;
Le chef de la maison de Bazan, qui s'en vante ;
Mon crédit, mon pouvoir ; tout ce que je rêvais,
 Tout ce que je faisais et tout ce que j'avais,
Charge, emplois, honneurs, tout en un instant s'écroule
Au milieu des éclats de rire de la foule !

Une pièce à retrouver cette nuit à la télévision sur france 3 :
Ruy Blas TNP

A voir à la télévision dans les très beaux décors d'azulejos de Rudy Sabounghi enregistré au TNP, Victor Hugo, qui, dans sa préface à Marion de Lorme,  associait pour la première fois, les trois mots : Théâtre, National et Populaire ...
e
Novembre 2011, Au TNP, À Villeurbanne
Metteur en scène : Christian Schiaretti
Acteurs : Robin Renucci (Don Salluste), Nicolas Gonzales (Ruy Blas), Jérôme Kircher (Don César), Roland Monod (Don Guritan), Isabelle Sadoyan (la duègne), Juliette Rizoud (la reine), Yasmina Remil (Casilda), Clara Simpson (la duchesse d'Albuquerque)
Pour plus d'informations : http://fr.calameo.com/read/0009561746f7800f2bf7e 

D'autres représentations sont restées en mémoire, telles, en  1872 celle avec Sarah Bernhardt dans le rôle de la reine, en 1954, au Théâtre national populaire, dans une mise en scène de Jean Vilar, avec Gérard Philipe dans le rôle de Ruy Blas

Sarah Bernhardt en costume de Doña Maria de Neubourg dans Ruy Blas à la Comédie-Française
 photographie Etienne Carjat1879   BNF

Sarah Bernhardt dans le costume du rôle de la reine, Ruy Blas
 Je reviendrai avec d'autres costumes autour de cette pièce!
Mise à jour, c'est ici : la-reine-ruy-blas-costumes

Une relecture qui entre dans le cadre de plusieurs challenges:


Challenge théâtre


et challenge-victor-hugo

samedi 12 janvier 2013

Un cri dans la nuit Mary Higgins Clark

Un cri dans la nuit de Mary Higgins Clark, Anne Damour (Traductrice), paru en 1982 (A Cry in the Night)

 La présentation:
 Jeune divorcée, Jenny se débat dans la vie pour élever ses deux petites filles. Elle fait la connaissance du beau Erich Krueger, jeune peintre qui expose ses oeuvres dans la galerie où elle travaille. Après une cour hâtive, Erich l'épouse et l'emmène avec ses filles chez lui, au Minnesota, dans une maison de rêve. Mais le bonheur de Jenny ne dure pas longtemps. Bientôt survient une succession d'incidents étranges et terrifiants ; le conte de fées tourne à l'épouvante... Un cri dans la nuit, après La Nuit du renard et La Clinique du docteur H., confirme Mary Higgins Clark comme le maître incontesté du suspense.

Le début:
A l'AUBE, Jenny se mit à la recherche du chalet. Incapable de dormir, elle était restée toute la nuit sans bouger dans le grand lit massif à baldaquin, oppressé par le silence qui régnait dans la maison.
Même après des semaines, ses oreilles guettaient encore désespérément le cri affamé du bébé.  

Mon avis:
Un de mes Mary Higgins Clark préférés! Plus dans la psychologie que dans la violence, un roman vite lu car impossible de le lâcher avant de savoir... une atmosphère inquiétante, le monde de l'art en prime, et même si on a un peu de mal à comprendre comment le personnage de Jenny a pu se faire "avoir" ainsi, la toile d'araignée tissée est efficace, le processus de manipulation bien ficelé. 
Bref, un bon polar qui entre dans le cadre de deux challenges de lecture. 

challenge

challenge

Comments system