lundi 29 août 2016

Police Hugo Boris

08/2016
Grasset
Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.

Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.

En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?



Mon petit mot

Je reste dans les faits divers!
Cette fois, c'est du côté des forces de l'ordre que nous entraîne l'auteur, un trio de policiers, chargés de conduire à Roissy un sans-papier expulsé.

Dans le huis-clos oppressant de la voiture de fonction, on suit tout particulièrement les interrogations de Virginie, pour qui les angoisses et choix personnels se mêlent aux désaccords professionnels.
On découvre aussi les rouages et l'envers du décor de cette justice, qui manque de moyen, les particularités de chaque service, le quotidien des interventions de ces hommes et femmes en uniforme, l'adaptation permanente, et la difficulté à préserver une vie à côté.
En cela, les portraits des trois policiers, très différents, donnent trois visions complémentaires de la façon de vivre ce métier. 

Et puis il y aussi la question de cette expulsion. De cet homme renvoyé vraisemblablement à la mort. Des questions se posent. Chacun y répondra à sa manière.
L'obéissance à la loi, le sens du devoir, la révolte contre l'institution, des questions essentielles à se poser. 

Je découvre Hugo Boris avec ce titre, et je note ces précédents livres pour de prochaines lectures!

samedi 27 août 2016

Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka

08/2016
Seuil 
Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d’être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans.
Ce fait divers s’est transformé en affaire d’État : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du « présumé coupable », précipitant 8 000 magistrats dans la rue.
Ivan Jablonka a rencontré les proches de la jeune fille et les acteurs de l’enquête, avant d’assister au procès du meurtrier en 2015. Il a étudié le fait divers comme un objet d’histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social. Car, dès sa plus jeune enfance, Laëtitia a été maltraitée, accoutumée à vivre dans la peur, et ce parcours de violences éclaire à la fois sa fin tragique et notre société tout entière : un monde où les femmes se font harceler, frapper, violer, tuer.

 Mon petit mot

Un fait d'hiver dont on se souvient tous. Le visage d'une jeune fille sur un avis de recherche, à l'ouverture d'un journal télévisé... 
Mais qui était-elle réellement? En quoi ce meurtre peut-il devenir l'objet d'une étude historique et sociologique? 

C'est tout l'enjeu de ce livre, qui en dressant la biographie de Laëtitia, en reconstituant minutieusement sa dernière journée tragique, en révélant les coulisses du procès, la politique qui s’immisce dans le judiciaire et autres récupérations, brosse un portrait de la société qui fait froid dans le dos. 

Des violences familiales au suivi autour de l'enfance en danger, de l'inceste au viol, de l’alcool à la drogue, des foyers aux familles d'accueil, du suivi (ou non) des sortants de prison pour les autres, l'enquête touche à de nombreux domaines. 

A la fois œuvre de mémoire pour la victime et  étude sociologique de cette France péri-urbaine dont on parle finalement peu, l'essai se lit comme un roman . Il dérange parfois, on pense à sa réception chez l'entourage de la jeune fille, au décalage entre le profil de l'auteur et de ceux dont il parle, mais il donne envie de se battre. Pour les enfants. Pour les femmes. Pour la société.

Merci à Dialogues et à l'éditeur pour cette lecture instructive ! 
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jeudi 25 août 2016

L'éveil Line Papin

Stock, août 2016
« Je dois y retourner, c’est insupportable de le savoir ici, lui qui marche et vit non loin. Non, il ne s’agit pas encore de l’éveil, du vrai, c’est mon attention seule qu’il éveille pour l’instant, et c’est en dessous, plus loin, que nous allons éclore et tomber et rouler. Je suis à l’orée de l’éveil. »

La scène est à Hanoi, au Vietnam, dans les ruelles surchauffées. Cela se passe aujourd’hui, mais ce pourrait être il y a longtemps. C’est une histoire d’amour, dont les personnages sont deux garçons et deux filles, dont les voix s’entrechoquent. C’est une histoire d’amour, douloureuse et sensuelle, où les héroïnes ne font que traverser le tumulte de la ville, et se cachent dans l’ombre protectrice des chambres.


Mon petit mot

Voilà un premier roman polyphonique qui m'a laissée perplexe au premier abord... l'écriture, les personnages qui ne m'accrochaient pas vraiment...  c'est finalement Hanoï qui m'a donné envie de poursuivre plus avant la lecture  et je l'ai finalement terminé d'une traite et avec plaisir.

L’atmosphère, les différents quartiers, les plats, les parfums, la vie des expatriés, du petit serveur à la fille de l'ambassadeur,  un monde grouillant, aux aspirations et aux désirs complexes...

Pour le relier, l'intemporel. L'amour. La sensualité.

L'éveil du corps. Les éveils. De l'âme, des sentiments. Par la lecture, par la discussion, par les relations entre les êtres.
L'une quitte enfin le monde ultra privilégié de l'ambassade pour découvrir enfin le reste de la ville et ses habitants, l'autre se perd dans l'alcool, les hommes...  les hommes qui naviguent comme ils peuvent entre elles, au risque de se perdre également... il n'y a pas d'amour heureux...

On pense bien sûr à L'amant de Marguerite Duras, mais si je suis passée un peu à côté de ce roman, Line Papin est assurément une auteure à suivre!



Challenge Femmes de Lettres
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mercredi 24 août 2016

L'enfant qui mesurait le monde: roman - Metin Arditi

Août 2016 Grasset

À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre. Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits... 
Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde ?
Lequel des deux projets l’emportera ? Alors que l’île s’interroge sur le choix à faire, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.


Mon petit mot

La rentrée littéraire, c'est l'occasion de découvrir de nouvelles plumes, avec beaucoup de curiosité, et c'est aussi le plaisir de retrouver des auteurs que l'on apprécie, de les voir évoluer, nous emmener ailleurs...

Ici, c'est en Grèce que nous convie Metin Arditi.
Une petite île, pas très loin d'Athènes, au sud du Péloponnèse,  qui a tout de la carte postale, baie superbe, ruines antiques, pêcheurs ... mais le décor ne reste pas idyllique longtemps.

C'est la crise. L'économie est en berne, le moral aussi.
Les principaux héros ont leur lot de problème personnel en prime. La mort d'un enfant pour l'un, un enfant différent pour l'autre.
Et c'est pourtant ce petit Yannis qui détient les clés de l'équilibre. Équilibrer le monde. A coups de chiffres, de calculs savants, et de pliages.
Il y a de très belles pages sur les liens des habitants de l'île avec cet enfant si fragile, l'aide apportée... 

Si j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire (je me suis quelque peu perdue au début dans les personnages, je n'étais pas complétement disponible au début de l'histoire, je l'ai repris tranquillement un peu plus tard, et j'ai cette fois apprécié sans réserve ! ), j'ai beaucoup aimé ensuite les références à la fois philosophiques, architecturales et mathématiques, un bel hommage à la Grèce, et quelques pistes pour faire face au chaos du monde...

Il y a aussi de belles réflexions sur le théâtre, bref, un roman très riche !

"Le théâtre, c'est découvrir l'autre. L'écouter. Ce que nous avons tellement de mal à faire dans la vraie vie justement..."

Un livre  qui m'a également permis de découvrir la chanteuse grecque Sotiría Béllou



Dans la série, mieux vaut tard que jamais, ce roman est donc l'occasion de participer au challenge :

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mardi 23 août 2016

Fils de feu Guy Boley #68premièresfois

Grasset
08/2016
Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. 
Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. 
Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.


Mon petit mot

Les trente glorieuses, le monde ouvrier, un quartier resserré à quelques maisons et quelques personnages marquants, de la voisine ayant perdu son fils à l'ouvrier au corps d'athlète, et surtout :  la forge... le feu... tel est l'écrin et toute la puissance et la beauté de ce premier roman,  à la langue ciselée et martelée, qui nous entraîne dans un tourbillon d'émotions.


Comment cette famille va-t-elle réagir au drame intime qui la frappe, avec la mort d'un jeune enfant?

Père, mère, fils, soeur, quatre deuils si différents, ne pouvant guère se comprendre , alcool, folie, art, fuite... de la violence, de la tendresse, de l'amour... chacun tient debout tant bien que mal,  tandis qu'autour le monde continue sa folle sarabande, que les repères évoluent et que la forge va fermer.

Dès les premières pages, la description de la forge, le rapport à la mythologie,  j'ai été happée par ce roman, l'énergie, la force, les couleurs...  et par son écriture qui m'a charmée.
Poétique, puissante, elle est de celle que l'on n'oublie pas! 

Troisième lecture de cette rentrée littéraire 2016... et troisième coup de coeur dont deux chez le même éditeur après Le dernier des nôtres de Adelaïde de Clermont-Tonnerre
 Un cru qui s'annonce particulièrement remarquable?

ça tombe bien, j'ai encore trois titres repérés chez Grasset :

Petit pays
En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée...

L'enfant qui mesurait le monde
À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et...

Charlotte Delbo
« Je rencontrais une écriture qui crevait la surface protectrice de la vie pour toucher l’âme, le corps qui souffre ce qu’un être humain ne doit pas souffrir. Les mots peuvent dire ce qu’il est à peine...


Un premier roman à découvrir !



68 PREMIERES FOIS EDITION 2016

lundi 22 août 2016

Château-Gaillard à Amboise

Dans la série, jouons les touristes près de chez nous!



Un très beau domaine, bien restauré (et ce n'est pas terminé), par de nombreux artisans de talents de la région, et ouvert depuis seulement deux ou trois ans au public, situé à deux pas du Clos Lucé, demeure de Léonard de Vinci à Amboise, Château Gaillard permet de découvrir un autre aspect de la Renaissance : l'art des jardins mais surtout de tout savoir sur l'arrivée des premiers orangers en France.
une maquette restitue l'état du château au XV
et de nombreuses photos relatent les travaux de restauration
le jeu du avant - après est très impressionnant!

Conçu par le Roi Charles VIII au retour de sa première campagne d'Italie en 1496, le parc du château fut le lieu d'implantation des premiers Jardins de la Renaissance française crées par le Maitre jardiniste italien Dom Pacello de Mercogliano que Charles VIII avait convaincu de venir en Touraine.
Admiratif de la Villa Poggio Reale de Ferdinand le Catholique à Naples, Charles VIII souhaita disposer d'une résidence comparable à proximité de son Château royal d'Amboise...





Dom Pacello y acclimata les premiers orangers et pêchers en France, inventa de nombreuses améliorations botaniques, telles que les caisses à orangers, les serres chaudes ou l'orangerie appelée en italie la "limonaia".


Vestige du mur qui entourait les jardins pour les protéger du vent

 Il y créa la prune Reine Claude en hommage à l'épouse du roi François 1er, puisque, après avoir été Maitre Jardiniste de Charles VIII , il le fut également sous Louis XII et François 1er.



Dans les serres et l'orangerie , un aperçu de la cinquante de variétés d'agrumes présentes










Dans le parc, pour tester les connaissances en matière d'agrumes




Dom Pacello invente, sculpte la végétation, crée les broderies rappelant les quatre fleuves du Paradis (l’eau, le lait, le miel, le vin). Il joue avec les couleurs d’ardoise, de la terre cuite et du tuffeau, borde ses parquets de houx qui apporteront une touche de couleur l'hiver. Géométrie, relief, couleur, trois principes développés dans ces jardins!  







 Pendant la Renaissance, Château-Gaillard sert de résidence à plusieurs rois de France. Catherine de Médicis y organisa avec le Duc et le Cardinal de Guise les conciliabules visant à déjouer la conjuration d’Amboise,  François II et Marie Stuart y passent leur nuit de noces...un lieu chargé d'histoires!


L’architecture du château, « palazotto » (petit palais)  présente une corniche à quadruple frises étonnante de 1,20 mètres de hauteur, des cheminées Renaissance, des chapiteaux sculptés tous différents.




 Les vitraux polychromes sont réalisés dans la pure technique du XVI° siècle en verre soufflé à la bouche de St Just. Exécutés à partir de dessins, d’enluminures du XVI° siècle, ils racontent, telle une bande dessinée, les événements du château. C’est une réalisation exceptionnelle, unique en France, de trois années, d’un Maître Verrier d’art de La Croix en Touraine.
Ici l'histoire des pendus d'Amboise avec le cardinal de Guise






 La salamandre de François 1er, le porc-épic de Louis XII, l'hermine d'Anne de Bretagne, les symboles royaux sont partout... tout comme les oranges!






On découvre également des communs troglodytiques ou un pigeonnier rupestre.

Une étroite cour sépare le château du coteau où sont creusés les communs, comme la boulangerie 

 

















 
Un coin sieste est également aménagé dans le parc, nombreux transats à disposition, l'idée est agréable!


Une visite guidée instructive et dynamique, puis un agréable temps de flânerie dans le parc et le bois, un jus d'oranges pressées pour terminer, de quoi passer une belle après-midi!


Un sentier permet d'arriver à un point de vue au dessus du château








Pour en savoir plus http://www.chateau-gaillard-amboise.fr/index.html

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